Les Communautés  Régionales

Territoire global d’initiatives civiles et institutionnelles coopératives décentralisées 

Pour la durabilité de  l’économie mondiale

 

1.Permettre au local de jouer un rôle dans les approches économiques et internationales de la durabilité globale de l’économie mondiale

 La territorialisation des politiques publiques invite les acteurs civils à participer au développement local. La globalisation économique rend, sous des formes multiples et à des degrés divers, les communautés locales mondialisées et multiculturelles. L’impératif de durabilité s’affiche dans les orientations majeures des collectivités territoriales. L’obligation de compétitivité incite le territoire à devenir le chef d’orchestre de son propre développement.Or, l’acteur local  n’a pas été introduit dans le processus amont des négociations des Conférences Internationales sur le Climat de Copenhague en 2009, de Cancun en 2010 et de Durban 2012.
Pourtant :

– les fonds communautaires destinés à la politique de cohésion territoriale et de compétitivité soient le premier poste de dépenses de l’Union Européenne,
– les collectivités locales mettent en œuvre environ deux tiers de la législation communautaire,
– les initiatives en faveur du développement durable des collectivités locales ont plus d’impact que les mesures prises par plusieurs États,
– 85 % des investissements de la durabilité environnementale sont, en Europe, réalisés par les collectivités locales
– le Traité de Lisbonne, entré en vigueur en 2010, affirme, dans ses textes de 2007, le principe primordial de “l’autonomie locale”,

 Comment donc articuler durabilité locale, qui n’a de sens que dans la durabilité globale, compétitivité locale, qui nécessite des synergies intersectorielles, solidarité sociale, qui exige une échelle nationale régulatrice et cadre, système économique mondial de distribution spatiale des activités, de l’emploi et des revenus, qui recompose les acteurs, les frontières, les secteurs et les marchés, et interculturalité des sociétés, qui fait surgir le culturel et l’interculturel comme la quatrième composante du développement durable, afin de permettre au local de jouer un rôle dans les approches économiques et internationales de la durabilité globale de l’économie mondiale ?

 

 2.(re)Territorialiser le concept global de durabilité

 La durabilité, par les solidarités qu’elle requiert dans sa construction, ne peut être un concept territorial.  Comment donc et sur quelle base (re)territorialiser ce concept global ? Telle est la question ultime que doit résoudre dans ses pratiques le développement d’un territoire.
La réponse est indissociable de la reconnaissance d’un bien collectif mondial, dont la biodiversité culturelle et naturelle, la connaissance et les droits humains. La convention-cadre signée au sommet de Cancùn, qui permet aux Régions d’assister  à terme  non plus comme observateurs locaux de négociations internationales mais dorénavant comme acteurs mondiaux, pourrait donner sens et direction à la mise en œuvre de la durabilité par le local et pour la durabilité globale.[1] 
Le  principe d’autonomie  du développement local doit donc  inscrire le projet de durabilité locale dans le cadre du projet interculturel mondial de durabilité globale et conduire au développement des coopérations décentralisées entre acteurs locaux mondiaux (civils et institutionnels).
Ce principe doit  permettre de rééquilibrer les deux pôles dominants de la rationalité économique (Etat, Marché) par le développement d’une rationalité économique locale privilégiant  le principe de réciprocité, la règle de la proximité, les stratégies coopératives et le devoir individuel de responsabilité sociale,  qui sont autant de conditions de durabilité du développement local.

 

3. Le territoire, un faisceau d’interactions entre acteurs, intra et extra muros

La  démarche d’autonomie du développement local réclame non seulement la reconnaissance institutionnelle de l’acteur civil dans les modes de gouvernance locale, mais aussi la valorisation du travail collaboratif et interactif des communautés, virtuelles ou physiques et des réseaux, formels ou informels, forgés par les acteurs de la société civile, par leurs interactions locales, nationales et mondiales dans le champ des pratiques du développement, de la coopération internationale décentralisée, du dialogue interculturel, de la protection environnementale, de la connaissance,  des solidarités et des régulations locales de l’économie mondiale.

Un territoire n’est pas tant de droit que territoire d’initiatives et projets qui ont du sens pour les populations locales et qui permettent la durabilité locale et globale.Le territoire apparaît ainsi tout autre qu’un simple changement d’échelle ou une alternative à la mondialisation.
ll est un faisceau d’interactions entre tous les acteurs, intra et extra muros, une construction sociale et culturelle qui ne se contente pas, dans le domaine économique, à valoriser les ressources locales. La construction économique  locale bâtit le local dans le mondial, coopère à la protection du bien collectif mondial et articule l’économique au social et au culturel, tous ces lieux où se jouent le futur de la durabilité globale et donc l’avenir du local, des lieux où s’évitent  deux écueils symétriques : considérer le territoire comme simple reflet du monde global ou le conduire à la tentation du repli sur lui-même.

Souligner que la durabilité locale est aussi un mode d’organisation et de gestion de la durabilité globale, doit conduire à  identifier ses structures, ses dynamiques, ses projets et ses acteurs afin que la part d’autonomie réelle du local dans ses choix de développement puisse trouver une part de son sens dans la régulation décentralisée de la durabilité globale de l’économie mondiale.
Pour faire du développement durable une priorité locale, qui n’a de sens que dans la durabilité globale,  l’acteur institutionnel et civil local doit donc porter attention aux initiatives qui produisent des synergies informationnelles, des dynamiques civiles et des stratégies coopératives qui permettent de le mettre en œuvre sur le terrain.

 

4.L’économie solidaire,  n’est pas une économie pour «  pauvres » et elle ne se réduit pas  au seul enjeu de l’emploi.

A terme, le développement  de ce pôle de rationalité économique, qui  réunit autonomie domestique, responsabilité sociale, création  civile et nouveaux liens sociaux  à l’échelle locale comme à l’échelle mondiale,  donnera  à leurs acteurs le pouvoir de contribuer à la formulation  de politiques publiques, locale et mondiale, plus équilibrées et plus cohérentes.
Il augmentera le pouvoir d’influence de l’acteur local et de l’acteur civil mondial sur les agents de l’économie de marché pour qu’ils adoptent des comportements plus éthiques et plus responsables qui améliorent  la protection de la nature, le respect de la diversité culturelle, les droits humains et le bien être des populations, dont dépend la durabilité de l’économie et doit être son but.
Ni dépourvue d’ “esprit d’entreprise” ni dénuée d’esprit de risque,  l’économie solidaire participe à l’efficience économique et sociale des modes d’organisation du local et des modes de régulation nationale en Amérique latine et notamment au Brésil où elle est présente localement dans plusieurs champs d’activité.

En intégrant la protection environnementale et les technologies de l’information, l’économie solidaire pourrait offrir un volet d’une stratégie locale de développement conjuguant   autonomie du développement local et  territorialisation  du développement durable. Cette économie , associée à la mise en place d’une l’économie d’éco liaisons locales [2] est un des volets d’un système  permettant  une régulation décentralisée de la durabilité de l’économie mondiale, cette durabilité qui, en consacrant l’existence d’un bien commun mondial, globalise les développements et décloisonne les identités.

 

[1] En cet important exemple, on attend proposition des régions sur les questions  des sources de financement et des critères d’affectation des Fonds verts, dont la mise en place a été décidé lors de ce sommet.
[2] Dayan L (2011)   L’Ingénierie du Développement local durable à l’épreuve de l’Etat, du Marché et du Mondial .in  L’ingénierie de territoire à l’épreuve du développement durable  (dir : Dayan L, Joyal A et  Lardon S) . AgroParisTech  –  APREIS – CNFPT.  Paris. L’Harmattan 2011.  p.27 – 52